ligne orpheline
Une ligne orpheline, c'est la première ligne d'un paragraphe restée seule en bas d'une page, le reste du paragraphe se trouvant sur la suivante.
En détail
Vous lisez jusqu'en bas de la feuille et vous tombez sur une phrase qui vient tout juste de commencer. Il n'y a rien en dessous, alors vous tournez la page pour savoir ce qu'elle allait dire. Le paragraphe a été ouvert sur une page et raconté sur une autre, et la seule ligne laissée derrière ne sert à rien.
Il existe une deuxième ligne isolée, exactement l'inverse de celle-ci : un paragraphe qui se termine en haut de la page suivante et n'y laisse qu'une seule ligne. Celle-là s'appelle une ligne veuve. Les deux noms sont souvent échangés d'un atelier à l'autre ; ce qui les distingue vraiment, c'est la position : l'orpheline est seule en bas, la veuve est seule en haut.
Le remède est le même dans les deux cas, et il n'a jamais changé : au lieu de couper le paragraphe là où la page se termine, on remonte la coupure d'une ligne ou deux, pour qu'il en reste un nombre décent de chaque côté. Quand même cela ne suffit pas, le paragraphe entier part sur la page suivante.
Ce qu'il fait sur un vrai document
Un document mis en page par un programme n'a pas d'œil pour s'en apercevoir. Le texte est versé dans un cadre, le cadre se remplit, et ce qui dépasse part dans le cadre de la feuille d'après — une ligne aussi volontiers que vingt. On indique donc le compte : combien de lignes d'un paragraphe doivent rester en bas d'une page pour que la coupure y soit permise.
Sur une facture ordinaire d'une seule page, on ne demande rien, puisque rien n'est coupé. Cela commence à compter dès qu'un document s'allonge : les conditions au dos d'un bon de commande, un contrat de vingt pages, un livre, les conditions générales jointes à un contrat d'assurance. Ce sont exactement les documents que quelqu'un signe, et une page qui s'ouvre sur un morceau de phrase donne l'impression d'un travail bâclé.
Quand le document ne demande rien, ce moteur garde 2 lignes de chaque côté de la coupure, ce qu'un imprimeur aurait fait sans qu'on le lui demande. Un document qui en veut davantage le dit, bloc de texte par bloc de texte, et un tableau qui a le droit de couper une rangée au milieu de son texte le dit pour une case de cette rangée.
D'où il vient, et pourquoi
Cela vient de l'atelier de composition, où une page se montait à la main avec des lettres de métal et où une ligne seule au mauvais bout était l'un des premiers défauts qu'on apprenait à traquer. Le métier avait même une formule pour ne pas confondre les deux : l'orpheline n'a pas de passé, la veuve n'a pas d'avenir.
Ce n'a jamais été une question de décoration. Un livre se lit sur deux pages en vis-à-vis, et une ligne échouée dans un coin de ces deux pages casse le bloc gris que l'œil suit. Celui qui paie l'impression le voit du premier coup d'œil, et c'est pour cela que c'est une règle depuis des siècles et non une préférence.