espace insécable
Une espace insécable ressemble à n'importe quelle autre espace, mais la ligne n'a jamais le droit de s'y arrêter.
En détail
Le texte est coupé en lignes aux espaces, et n'importe laquelle fait l'affaire — c'est ainsi qu'une page se retrouve avec un nombre au bout d'une ligne et son unité au début de la suivante, ou avec un titre de civilité laissé en suspens et le nom en dessous.
Une espace insécable, c'est le même blanc pour le lecteur et une porte fermée pour la machine qui compose la ligne. Là où elle est posée, les deux mots qui l'entourent descendent ensemble à la ligne suivante au lieu d'être séparés.
Ce qu'il fait sur un vrai document
Une facture annonce un total de douze mille cinq cents euros, et le français écrit ce nombre avec un blanc dedans. Coupez la ligne dans ce blanc et le lecteur trouve douze d'un côté, cinq cents euros de l'autre, et doit lire le montant deux fois. Tenu par une espace insécable, il descend entier.
Le français demande une chose de plus : un blanc devant un point d'interrogation, un point d'exclamation, un deux-points et un point-virgule, et à l'intérieur de ses guillemets. Chacun de ces blancs est une espace insécable, car une ligne qui s'y arrêterait laisserait la ponctuation seule en tête de la suivante.
D'où il vient, et pourquoi
La règle est plus vieille que n'importe quelle machine. Un compositeur qui assemblait des caractères de plomb ne mettait tout simplement pas de coupure là où le sens de la phrase l'interdisait : l'œil lit un groupe de mots comme une seule chose, et le couper en deux coûte un instant au lecteur.
Dès lors qu'une machine s'est mise à couper, il a fallu écrire la distinction quelque part, et un caractère a été réservé pour une espace qui lie. Tous les systèmes de composition en ont un depuis, et un document qui porte le caractère emporte la règle avec lui.